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1937 à 1940 : Jadotville et Panda |
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« C’est avenue de Likasi que nous eûmes notre première maison, assez proche du centre où s’érigeaient de modestes magasins sans étage.
Jadotville s’animait le samedi lors du marché aux fruits et légumes qui avait lieu sous les ombrages des milumbas, ficus géants. On y trouvait déjà tous les légumes d’Europe, vendus par petites bottes soigneusement ficelées ou à la pièce. Les femmes noires portent toujours les pagnes et les mouchoirs de tête très colorés qui leur vont si bien. Nous apprîmes à apprécier les papayes, les mangues et les avocats, inconnus alors en Europe. Le soir la ville était morte : pas d’éclairage public, pas de vitrines éclairées. Il y avait cependant une salle de cinéma. Marcel L, arrivé avec son épouse en octobre, fervent amateur du septième art, affrontait à pied, par les nuits sans lune, les rues de la ville pour s’y rendre. Un soir il tomba dans un drain (ainsi appelait-on la rigole très profonde qui bordait les avenues pour collecter l’eau lors des averses diluviennes de la saison des pluies). Il en sortit sans trop de mal mais se procura ensuite une lampe torche, et plus tard une voiture… » |
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L’UMHK… « Notre sainte Mère l’Union Minière » comme dira parfois Maman plus tard, prise d’une juste colère contre la Société pour des raisons qui m’échappaient. Il est vrai que Papa travaillait énormément, même le dimanche matin. Le système était très paternaliste, et si la Société procurait à ses agents tout ce dont ils avaient besoin, elle les faisait aussi travailler beaucoup. Tcham |
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« Nous préférions Panda. Le site, plus vallonné, était agrémenté de forêts d’eucalyptus originaires d’Australie, qui avaient été plantés pour assécher le sol environnant et lutter ainsi contre la prolifération des moustiques vecteurs de la malaria.
Quelques rosiers et cannas fleurissaient dans les jardins publics. Les routes recouvertes de latérite étaient d’un rouge foncé et les sommets alentour étaient couverts d’une savane boisée. Le grand centre de ralliement était le mess de la Société, son bar et sa salle de restaurant... Tout à côté il y avait un stade de football et quatre terrains de tennis.
Plus loin, dans un coin bien tranquille, tout entouré de jardins très fleuris, se trouvait l’hôpital des Blancs. Plus loin encore, un hôpital gratuit pour les indigènes, qu’ils soient agents UMHK ou non, et enfin le logement des Sœurs infirmières. Au-delà des habitations se trouvait l’usine de concentration des minerais, et à Shituru celle de production du cuivre.
En saison sèche, toutes ces routes en terre, depuis le chemin de fer et dans tout Panda, étaient arrosées matin et soir par des Noirs nonchalants qui maniaient des tuyaux d’arrosage sans embouts et les branchaient de prise en prise d’eau le long du chemin. |
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Mais les dimanches et jours fériés, il n’y avait pas d’arrosage. Les malheureux piétons comme nous, qui faisions la route le soir pendant le passage des voitures qui ramenaient les sportifs et leurs supporters, risquaient fort de mourir asphyxiés par le nuage de poussière dans lequel ils circulaient. » |
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« Nous avions notre premier boy domestique, qui nous avait été recommandé par le gérant du mess.
Notre maison comportait deux chambres et une véranda entourée de treillis moustiquaire. Derrière, nous avions les dépendances et le logement des Nous dûmes nous endetter pour payer le minimum de meubles indispensables : un lit, un poêle à bois sur lequel Pierre cuisinait, une table de cuisine, une salle à manger qui avait déjà beaucoup servi, et une petite garde-robe. Nous étions arrivés avec des choses inutiles, mais dépourvus du nécessaire. Une lettre aux parents réclama d’urgence couverture et lainages. Croyant vivre en brousse, nous avions apporté de la vaisselle métallique ! Mon mari avait deux casques, l’un kaki avec longue visière sur la nuque (qu’il ne porta qu’à l’armée en 1941) et un blanc pour le dimanche. Or tous les magasins vendaient des casques. Par contre, pour trouver meubles et vaisselle, il fallait arriver le premier lorsqu’un ancien vendait ses biens en quittant la colonie, ou lorsqu’un magasin recevait un arrivage d’Afrique du Sud. » |

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« Pierre était un garçon intelligent, débrouillard qui parlait un peu français. Il m’a étonnée dès les premiers jours, alors que nous étions toujours dans une maison de passage de la société. Je lui avais donné tout un tas de linge à laver ; je n’avais rien, ni cuvelle, ni savon, ni fer à repasser . Pierre emprunta sûrement à des « nduku » (frères de race) tout ce qui lui manquait. En plus, les chemises et les pantalons étaient repassés d’une manière impeccable, ce qu’il avait fait avec un fer à braises (charbon de bois) comme j’en vois aujourd’hui, bien astiqués, dans certaines vitrines d’antiquaires. » |
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De droite à gauche : la maison, la cuisine, la case à bois et le |
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Maman a toujours eu beaucoup d’humour, elle a l’art de se moquer d’elle-même et de ses mésaventures, comme tu peux voir ci-dessous… |
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Lorsque leur passage coïncidait avec notre première colique matinale, l’effet de surprise, conjugué avec le courant d’air arrivant d’en bas, nous jetait debout et nous laissait pantelants durant de précieuses minutes ! Après quelques jours, l’accoutumance venant, nous restions passivement assis durant l’opération. Nous avons eu très vite des WC à chasse d’eau dans la salle de bain, mais nous devions retrouver les tinettes à Kabolela en 1941, agrémentées cette fois de crapauds et d’énormes tarentules ! » |
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« Notre maison se distinguait par le WC qui se trouvait au fond du jardin. Le petit abri en dur contenait la planche en bois percée d’une ouverture et munie de son couvercle, sur laquelle on pouvait s’asseoir (ce qui était encore en usage dans bien des maisons belges en 1937), et sous cette planche se trouvait une cuvette métallique. Chaque matin, une équipe de nettoyage passait dans le petit chemin qui longeait l’arrière des jardins. Les seuls qui acceptaient ce genre de besogne étaient, disait-on, les Kaluena. Ils passaient derrière l’abri, soulevaient la trappe qui fermait la partie basse de l’édicule, enlevaient la cuvette dite « tinette » utilisée, pour la remplacer par une bien propre parfumée au créosote. |
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Voyage vers le Katanga |
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Le 11 novembre 1959 |
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