« Revenons à 1937. La saison sèche touchait à sa fin.

Il commençait à faire chaud. Des feux de brousse illuminaient les collines le soir. Cela crépitait, flamboyait, de grandes lueurs rouges balayaient le ciel. Après ces feux, sur la terre noircie, on voyait surgir de petites touffes de végétation bien verte et quelques fleurs.

         Nous passions des heures à l’admirer, ce ciel criblé d’étoiles, déjà à bord du bateau où la première apparition de la Croix du Sud nous apprit que nous avions changé d’hémisphère. Lors des premières pluies, l’air débarrassé des poussières en suspens nous le dévoila mieux encore. »

         « Nous avons commencé nos pérégrinations en brousse dès juillet 1937.

Je portais un kapitula (pantalon au-dessus du genou) ou un pantalon de mon époux.

Il avait, lui, un vélo, nos deux compagnons d’équipée aussi. Il en manquait donc un pour moi. Qu’à cela ne tienne, le boy de Ph., un Noir hilare qui arborait des cocardes et des chapeaux sensationnels, me prêta le sien.
C’était un vélo de femme, mais une vieille guimbarde grinçante qui me
donna bien du mal, surtout au retour lorsqu’il fallait remonter de la rivière Panda jusqu’au mess.

         Nous partions avec quelques sandwiches et un peu d’eau et malgré la chaleur qui augmentait à l’approche de la saison des pluies, nous avons recommencé souvent.

         Je me souviens d’une visite dans les profondeurs de la grotte de Kakontwe. Nous avions été amenés à proximité dans la voiture du Docteur D., nouvel arrivé. C’était en octobre 1937, les pluies approchaient.
Durant notre descente dans l’obscurité, nous eûmes le plaisir d’être attaqués par une colonne de
fourmis rouges qui remontaient du fond de la grotte vers l’extérieur, après y avoir passé la saison sèche. Ce fut notre premier et cruel contact avec ces bestioles.

 

Quand je te disais que mes parents avaient l’esprit d’aventure... Quelle chance nous avons eue d’avoir des parents qui ont respecté aussi le nôtre !  Nous étions libres d’aller et venir dans la brousse avoisinante, d’aller pique-niquer avec les copains au bord des rivières…

Mais la grotte, je ne l’ai jamais vue. Je crois que c’était interdit par la suite.

                                                                                                              Tcham

         « Dès notre arrivée, nous avions pris l’habitude d’aller au bassin de natation de Shituru, entraînés par Ph., ingénieur, joueur de flûte et fervent adepte de la nage et du water-polo. En réalité, il s’agissait d’un réservoir d’eau qui alimentait le concentrateur et la couleur en était douteuse. Nous avons passé de joyeuses heures là-bas. J’y allais à pied et mon mari, son vélo sur l’épaule, grimpait à travers brousse la colline qui venait de l’usine.

Après quelque temps, nous y avons fait la connaissance de Monsieur et Madame L., des « anciens » très sociables avec les jeunes. J’eus alors l’avantage de profiter de leur voiture pour faire les sept ou huit kilomètres qui séparaient notre maison du bassin de natation.

A part eux, nous ne fréquentions guère les anciens, les bridges et les mondanités, surtout parce que nos ressources très réduites nous commandaient l’économie. Nous devions rembourser en un an à la Société le prix de mon voyage et cela s’ajoutait à nos dettes pour l’ameublement. »

La Croix du Sud et le Sac à Charbon >>>

<<< Au bassin

           de Shituru

         Au bord de la Panda

Mon mari et moi sommes remontés en vitesse pendant que Ph. et D. continuaient courageusement leur descente. Ils se jetèrent dans le petit lac souterrain, mais cela ne les débarrassa pas des fourmis. Quant à nous, dissimulés dans la brousse, nous nous sommes déshabillés et avons arraché une à une de notre peau ces fourmis voraces.

         Ces invasions de fourmis étaient courantes. Elles s’attaquaient aux animaux et entraient dans les maisons. Nous protégions nos vivres en mettant les pieds des glacière et garde-manger dans des boîtes de   

Entrée de la grotte de Kakontwe

    Suite

         « De juillet 1937 à septembre 1939, date du commencement de la seconde guerre mondiale, bien des jeunes couples arrivèrent pour peupler Jadotville, Kambove, Kipushi, Elisabethville, dont Raymond et Suzette avec qui nous devions avoir plus tard de solides liens d’amitié. »

« C’est dans la voiture de Monsleur L. que nous sommes allés pour la première fois à Kabolela qui devait jouir de nos faveurs lors de nos promenades ultérieures. L’UMHK y faisait alors de la prospection, car on pensait que le site était assez riche en cobalt pour y justifier une exploitation et une petite usine de concentration des minerais (ce qui fut fait). La route jusque Kambove était bonne mais ensuite sur vingt-cinq kilomètres, il s’agissait d’une piste rudimentaire. Tout au long de nos trente années de Congo, nous apprendrons à affronter ces pistes ! »

Le village de Kabolela

« C’est ici que s’arrête ce que j’avais écrit en 1970 »

 

Jadotville et Panda (suite)

conserve remplies d’eau. Nous n’avions en effet qu’une petite glacière avec fourniture de glace chaque matin sauf le dimanche.  Il n’était pas question d’avoir trop de provisions. Je crois que nous avons eu un frigo juste avant la naissance de notre fille.

         En tout cas, cette formidable société organisée des fourmis m’a fort impressionnée par son agressivité. Comme vous le constatez, ce n’est pas du tout aux lions et aux léopards que nous avons dû faire face, comme le craignait ma belle-mère !

Malgré les fourmis, nous nous sommes risqués une seconde fois à visiter la grotte de Kakontwe. Nous avons pu parcourir toutes les galeries remplies de chauves-souris qui m’effrayaient bien moins. »

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