Oh oui qu’il a été froid cet hiver, et qu’il était gris ce pays pour nous, petits Blancs d’Afrique Noire !

J’ai découvert la neige, le plaisir ( ! ) de battre la semelle en attendant le tram qui me menait à l’école, et surtout l’amour de nos grands-parents.

J’avais six ans, je subissais passivement cette nouvelle vie dans un pays étrange. Cet épisode ne m’a pas laissé des souvenirs impérissables.

           « Je vis un jour dans un cinéma un documentaire récent, intitulé "Congo, terre d’eaux vives". Je me mis à pleurer, à ma grande consternation, en voyant ce film et en entendant les soldats noirs chanter "Bisu Bacongolais"

Moi, comme Papy durant la guerre quand il entendait ce chant, je me sentais congolaise. Toutes mes pensées allaient vers cette terre d’Afrique, où Papy était reparti seul pour quelque temps, et qui était devenue ma terre, celle où je voulais vivre et même mourir. Du moins je le croyais…

 

Ce rêve s’évanouit lors de la reprise du Katanga Indépendant par les troupes de l’ONU, en janvier 1963.

La lente agonie de l’Afrique Noire commençait, mais les perspectives les plus pessimistes ne pouvaient nous faire penser que ce serait aussi terrible et aussi dévastateur, surtout pour notre riche Congo. »

           « Nous sommes enfin repartis pour le Katanga les enfants et moi, à Pâques 1947. Les transports n’étaient pas encore très réorganisés. Nous avons pris un avion à Bruxelles pour Léopoldville. C’était un vol de quatorze ou de quinze heures et nous avions deux sièges pour trois, je ne sais pourquoi. J’ai donc couché les deux enfants pour la nuit et je me suis assise par terre.

           A Léopoldville nous avons pris un avion plus petit (?). Le feu s’est déclaré dans la cabine de pilotage alors que nous avions décollé. Retour à Léopoldville que nous avons quitté deux heures plus tard dans le même avion. Il n’y eut plus d’incident et nous sommes arrivés sains et saufs à Elisabethville où Papy nous attendait. »

 

Congés et voyages

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1946 : premier congé en Belgique

 

           « En juin 1946, nous pûmes enfin rentrer en Belgique pour un congé, neuf ans après en être partis. Nos parents eurent la joie de connaître leurs petits-enfants. Mes grands-parents et le grand-père de Papy vivaient toujours. Le cousin Mathieu était revenu de captivité et entamait des études.

 

           Faire le voyage de retour en 1946 était assez compliqué, car les moyens de transport manquaient. Nous avons pris le train jusqu’à Luluabourg au Kasaï, puis un fokker, avion qui contenait une quinzaine de personnes, jusqu’à Léopoldville. Là nous avons passé une journée ou deux à l’hôtel pour attendre l’avion de la Pan American Airlines qui nous amena à Lisbonne. Nouvel arrêt dans cette ville où nous fûmes logés à la plage de l’Estoril.

De Lisbonne je suppose que c’est un avion belge qui nous amena à l’aérodrome militaire de Melsbroeck, le seul qui existait alors en Belgique.

 

           Je suis restée en Belgique avec les enfants durant dix mois.

Je ne retrouvais rien de mes souvenirs, Liège me paraissait triste et sale. Il pleuvait souvent et l’hiver 1946-1947 fut particulièrement froid. »

 

Merveilleux souvenir pour nous les enfants ! Le train roulait à toute vitesse et nous étions dans le wagon de queue qui brinquebalait joyeusement et férocement. Nous n’étions plus obligés de nous laver ! Nous n’avions plus à boire non plus, mais ce n’a pas été trop long.

 Le voyage aller.

           « En 1950 nous avons regagné la Belgique en prenant le train jusqu’à Lobito et en nous y embarquant sur le COPACABANA, pour Anvers. Les navires de la Compagnie Maritime Belge, dont certains avaient disparu pendant la guerre, ne suffisaient pas encore et l’on avait fait venir ce semi-cargo depuis Rio de Janeiro jusqu’à Lobito, pour

embarquer les Belges déjà en retard pour leur congé légal.

 

           Nous étions avec nos amis de Kolwezi et leurs quatre enfants. Le voyage avait mal commencé en train, une panne de locomotive l’immobilisant plusieurs heures. Ce n’était pas le train habituel, mais un ramassis de vieux wagons rassemblés pour la circonstance.

En Angola, les rails du chemin de fer étaient posés directement sur la terre,sans la traditionnelle protection de cailloux entre eux. Comme c’était la saison sèche, le sable était littéralement aspiré dans les wagons. De plus, le cheminot voulant rattraper le retard dû à la panne, ne s’arrêta plus pour prendre de l’eau aux haltes prévues à cet effet.

 

           En arrivant sur le bateau, sales comme des cochons, nous avons été accueillis par le capitaine, le commissaire de bord, les officiers et tout le personnel, alignés comme pour une parade sur le pont en tenue blanche empesée.

Nous n’avons pas dû leur faire bonne impression ! »

Le Copacabana (il était en meilleur état lors de notre voyage !)

1950 : deuxième congé : Angola - Belgique - Espagne - Portugal - Angola

 À 140 km de Lisbonne >>>

Le voyage retour.

           « Après avoir passé quatre mois en Belgique, nous sommes repartis en voiture (enfin une belle Chevrolet toute neuve ! ), d’abord vers Saint-Jean-de-Luz où nous avons retrouvé nos amis.

De là nous sommes partis par l’Espagne pour gagner le Portugal et Lisbonne. Nous avons séjourné quelques jours à la plage de l’Estoril où les messieurs devaient porter un maillot cachant le ventre et les pectoraux ! C’est un joli coin où ont séjourné pas mal de rois en exil. »

Moi je me souviens que la plage de Saint-Jean-de-Luz était infestée de puces et que nous leur faisions une chasse féroce en rentrant à l’hôtel !

Un jour où mon petit frère et moi parlions avec l’hôtelière, elle nous demanda aimablement si nous étions contents de notre séjour. Et lui de répondre gentiment qu’on s’amusait bien mais que l’ennui, c’était qu’on avait des puces… à ma grande confusion, car moi j’étais assez grande pour comprendre qu’on ne se vantait pas de cette chose-là !!!

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Voyage vers le Katanga

Jadotville et Panda

Le bonheur

Pendant la guerre de 40-45

Les Golden Fifties & Sixties Sixties

Congés et voyages

Week-ends en brousse

1958 : les Grands Lacs

Le 11 novembre 1959

La guerre du Katanga