« Je crois me souvenir que c’est durant notre congé en 1956 que nous avons acheté une belle tente jaune or. Nous étions parfois allés en week-end sous la tente, mais on l’empruntait au Service Géologique et elle était fort rudimentaire, sans tapis de sol notamment.

 

         C’est ainsi qu’un beau jour d’octobre 1953, Roger et Papy, avec l’aide de Gabriel* qui nous accompagnait, avaient planté cette tente tout près de Bunkeya avec l’intention de chasser.

La première pluie de la saison se mit à tomber alors que la tente était à peine montée et, manque de chance,elle se trouvait dans une déclivité où toute l’eau déferlait. Nous avons dû nous accroupir sur les lits de camp pour ne pas avoir les pieds dans le ruisseau. Dès que la pluie se calma, on creusa un fossé tout autour de notre abri. 

 

         Nous avons donc repris nos promenades en brousse dans de "bonnes" voitures (mieux eut valu une 4x4) avec tente, glacière, batterie de cuisine, barbecue, whisky, pinard et un domestique ! Cela nous changeait de nos balades cyclistes en 1937. »

         « L’endroit que nous préférions était le plateau des Biano, vaste espace herbeux avec quelques vallées et quelques mamelons boisés. L’altitude permettait l’élevage des bovins, car il n’y avait pas de mouches tsé-tsé. L’air y était pur et limpide, les troupeaux de zèbres étaient nombreux. Y planter sa tente était un total dépaysement. Les six mois de saison sèche favorisaient grandement ce genre d’expédition.

 

         Nous faisions des promenades sur les lacs artificiels, conséquences des nouveaux barrages, et sur la Lufira et le Lualaba, dans notre petit bateau à moteur que nous traînions par monts et par vaux, sur une remorque plus que sommaire.

 

Nous allions sur le Lac Tshangalele, lac naturel celui-là, faire la chasse aux canards. Je me contentais de la balade en pirogue avec un piroguier indigène : il y avait moyen de se perdre sur ce lac aux multiples méandres, couverts de roseaux.

 

         Nous fréquentions aussi, pour une journée de pique-nique, des endroits plus proches de chez nous qui ne manquaient pas de charme, de préférence près d’une rivière. »

Plateau des Biano.   Au fond les zèbres

Notre petit bateau sur la Lufira (regarder sous le pont !)

Ce pont sera détruit le 1er janvier 1963

* Gabriel, appelé aussi Gabo, notre boy cuisinier et compagnon fidèle pendant tant d’années.

Je détestais la chasse et je n’y allais jamais. Par contre, ces excursions, quel bonheur !

         « Je suis allée une fois avec Gabriel * à la Mission de Kansenia, où il y avait soi-disant une hôtellerie.

J’y ai passé quelques jours et j’ai visité les villages environnants. Bien des indigènes avaient des goitres sur ces hauts plateaux où l’iode manquait totalement.

         La nourriture servie à la Mission valait bien celle de l’Angola. Les hôtes de passage se nourrissaient de pâtes, d’œufs ramassés dans les villages et de temps en temps d’un lapin sauvage, tué par la camionnette de la Mission.

Le groupe qui donnait l’électricité s’arrêtait à 20 heures jusqu’au lendemain 7 heures. J’aime autant vous dire que lorsqu’on ouvrait le frigo, on était renversé par l’odeur !»

 

Week-ends en brousse

           « Je me souviens encore d’un dimanche en 1960 ou 61, donc après l’Indépendance, où nous sommes partis, Papy et moi, pour le lac artificiel de Koni. Nous étions accompagnés par Raymond, seul à Jadotville, car femme et enfants étaient en Belgique.

A destination, nous avons mis le bateau à l’eau, Papy à la barre, Raymond et moi comme passagers. Le lac était parsemé d’arbres morts comme tous les lacs artificiels. Nous étions à peine partis que nous touchions brutalement une souche, et l’eau se mit à pénétrer par le trou de la coque.

Les deux hommes me déposèrent sur une ancienne termitière qui émergeait, firent un tampon de lianes et de feuilles et repartirent vers la rive, l’un pilotant, l’autre serrant le bouchon sur le trou.

Ma termitière était couverte d’arbustes épineux dans lesquels d’énormes araignées jaune et noir, à très longues pattes, avaient tissé leurs toiles. Il y en avait des centaines ! Je me tenais sur l’extrême bord de l’ilôt, osant à peine respirer. Un ami vint me sortir de là avec son bateau.

Mais ce n’était pas fini !

Au retour, en arrivant à proximité du pont de chemin de fer de Jadotville, la remorque, avec son bateau éventré, se détacha de la voiture et fila tout droit vers la rambarde du pont.

Nous avons traîné les restes vers une pompe à essence toute proche.

Le lendemain, Papy chargea l’homme à tout faire du département de récupérer son bien.

Lorsqu’il revint, il dit à mon mari :"Ce n’est pas un bateau qu’il vous faut, Monsieur, c’est un navire de guerre !" »

           «  Comme vous voyez, même après 1960, malgré une insécurité latente, les barrages des soldats katangais, des Onusiens, et les pires de tous, ceux de l’armée nationale congolaise, nous ne renoncions pas à nos petites évasions.

 

           Mais certaines régions du Congo, dont le nord, étaient plongées dans la terreur. L’indépendance avait ranimé les guerres entre tribus. Des cruautés raffinées qui ne sont pas l’apanage de la race noire, mais de la race humaine tout entière, eurent lieu un peu partout et cela n’a fait que croître et embellir depuis 30 ans »

Tout ceci a donc été écrit en 1993, 30 ans après la fin de la  sécession katangaise

comme Maman en parle plus loin.

Pour m’écrire >>>

Haut

Voyage vers le Katanga

Jadotville et Panda

Le bonheur

Pendant la guerre de 40-45

Les Golden Fifties & Sixties

Congés et voyages

Week-ends en brousse

1958 : les Grands Lacs

Le 11 novembre 1959

La guerre du Katanga