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« Nous sommes partis de Jadotville, Tchamoûka, 18 ans, Henri, 15 ans et moi, le 31 juillet 1958, pour une randonnée vers le nord-est du Congo, le Ruanda et l’Ouganda, ce qui nous fit parcourir entre 4500 et 5000 kilomètres. Notre ami Roger ne manqua pas de nous faire remarquer les dangers de l’entreprise et me procura un revolver dont je n’aurais pu me servir.
Papy, pris par son travail, ne pouvait pas nous accompagner et je l’ai souvent regretté, car nous aurions voulu partager avec lui toutes les joies de notre séjour à Kisenyi, agglomération ruandaise à la frontière du Congo, et à Mutwango Congo Belge. Je me promettais d’y retourner un jour avec lui mais ce projet ne fut jamais mis à exécution , à cause de l’Indépendance du 30 juin 1960 qui propulsa le pays dans les guerres tribales et l’insécurité pour les Blancs. Pourtant, en 1958 nous n’avons eu qu’à nous louer de nos contacts avec les indigènes et de l’aide qu’ils nous apportée. » |
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« Nous avions décidé de faire de courtes étapes pour jouir des paysages et ne pas trop nous fatiguer. Notre première halte fut Kiubo où il y avait un petit hôtel près des chutes de la Lufira. Nous le connaissions fort bien car c’était l’endroit favori de nos week-ends de liberté. Nous y sommes arrivés après trois petites heures de route.
Le 1er août, nous sommes partis pour Manono, ville où l’on extrayait de l’étain entre autres. Arrivés sur le plateau de Mitwaba, nous nous sommes arrêtés pour cueillir les petites fleurs qui sortaient du sol desséché, dans ce pays où pas une goutte de pluie ne tombe de mai à septembre inclus.
En arrivant dans la plaine, après avoir descendu l’escarpement de Mitwaba, nous avons pu admirer la chute de la Manda qui dégringolait du plateau. À partir de là, nous avons eu une végétation plus verte, marquée par des bosquets de bambous. Nous avons traversé plusieurs fois la Manda et la chaleur avait remplacé l’air frais du Haut-Katanga.
Nous avons eu un très bon logement à la maison de passage de la Société GEOMINES. Après un excellent repas et l’absorption de plusieurs verres de bière (là-bas, quand on commande une bière, on vous sert une bouteille d’1litre3/4), nous nous sommes couchés à 20H30 complètement vannés et morts de chaud. » |
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Les chutes de Kiubo |
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« Le 2 août, nous sommes allés de Manono à Albertville, située sur le Lac Tanganika : étape, longue, monotone et fertile en désagréments. Sur le bac qui nous faisait franchir la rivière Luvua à Kiambi, j’ai constaté qu’une des petites lames de ressort arrière gauche de la voiture était brisée mais non déplacée. Nous avons cassé la croûte dans le gîte d’étape de Niemba, un vrai bled ! Nous avons alors suivi une piste en très mauvais état, sans un village, sur près de 100 kilomètres. Sur les côtés du chemin il n’y avait que des borassus, et encore des borassus. Tout à coup, la voiture s’est arrêtée. A mon avis, j’avais noyé le moteur en roulant trop lentement, et souvent en première vitesse pour négocier les petits ponts pleins d’ornières qui surplombaient le dembo. Après quelques essais infructueux pour faire démarrer l’auto, nous avons vu arriver quelques Noirs à pied. C’était inattendu dans ce désert ! Ils ont poussé la voiture qui a démarré, le fiston au volant, et nous avons roulé d’une traite jusqu’au premier garage d’Albertville. Là, ils ont soi-disant arrangé le carburateur ! Mais point de lame de ressort. Je fais remarquer ici que nous devions être très attentifs à la consommation d’essence, car les distributeurs étaient rares et nous avions un jerrycane plein dans le coffre.
Nous nous sommes rendus ensuite à l’Hôtel Résidence, situé sur une colline qui surplombe le lac. Nous avons eu un excellent repas pour 80 francs par personne. » |
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Borassus |
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Nos aventures ne faisaient que commencer, comme tu vas le voir. Tout cela sans affolement, voire dans la bonne humeur (pas toujours ! ) C’était, et c’est toujours, quelqu’un, notre maman ! |
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Le Lac Tanganika |
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De Jadotville à Albertville |
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Voir carte |

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1958 : Voyage le long des Grands Lacs (suite) |
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Suite |
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J’ai alors eu l’idée de proposer à un monsieur qui voyageait en Mercedes avec son épouse, et qui s’était trouvé juste avant nous devant le pont effondré, de payer de notre poche des travailleurs supplémentaires parmi tous ceux qui se contentaient de jouir du spectacle, afin d’accélérer le travail. Ce projet fut accepté mais le dit monsieur ne connaissait pas le swahili. Je fis donc les propositions moyennant 500 francs de rétribution. Les palabres commencèrent alors entre les indigènes, et, pour ceux qui les connaissent, les palabres se caractérisent par leur durée, le temps n’ayant guère de valeur pour eux. Au bout d’un moment, je pris ma voix la plus tranchante pour déclarer que, si le travail n’était pas terminé à midi, il n’y aurait aucun paiement. Cela déclencha une belle activité et à 11 heures les taillis et les arbustes étaient coupés, les grosses pierres enlevées et le sol plus ou moins égalisé. La file des voitures et des camions s’était allongée des deux côtés du pont et tous profitèrent de la nouvelle piste que nous avions payée.
Lorsque nous sommes revenus un mois plus tard par le même chemin, le pont était toujours inexistant et notre route en fonctionnement ! |
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Le long du Lac Tanganika |
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« Le 3 août, après avoir un peu circulé dans Albertville et sur la plage, nous sommes partis pour Fizi , distant de 280 kilomètres dont 70 épouvantables. Nouveaux problèmes avec la voiture, mais j’ai compris qu’il fallait attendre cinq bonnes minutes avant de la remettre en marche.
Nous avons fait un escarpement de 5 kilomètres à peine, mais très spectaculaire à cause du vide d’un côté et l’étroitesse de la piste, qui ne permettaient pas la moindre fausse manœuvre. Quand une voiture s’y engageait, un Noir tapait sur un fût métallique pour avertir son collègue de l’autre côté qu’aucun véhicule ne pouvait plus s’y engager.
A Fizi, le gîte était neuf et confortable. On voyait le Lac Tanganika et la région jusqu’à l’horizon.
Le 4 août nous partions pour gagner Bukavu distante de 280 kilomètres. Après 60 kilomètres de route, vers neuf heures du matin, nous sommes arrivés devant un petit pont en bois, effondré sous le poids d’un camion qui dépassait de loin les trente tonnes réglementaires annoncées par le panneau. Le camion était resté au fond du ravin et les passagers n’avaient eu, paraît-il, aucun mal. Notre route était donc coupée, et nous revivions à huit ans de distance notre problème du pont de l’Angola. Cette fois cependant, pas d’ensablement, ce qui était important. Deux cantonniers indigènes tentaient de débrousser en contrebas pour y tracer une piste, qui ne serait accessible qu’en saison sèche. Autour de ces deux courageux fonctionnaires de l’Administration grouillait une foule venue du village tout proche, très intéressée par l’évènement. Il ne fallait pas être grand clerc pour se rendre compte que le boulot fourni par les deux travailleurs ne pourrait se terminer le jour même et nous nous demandions si nous n’allions pas retourner à Fizi. Cela ne faisait pas mon affaire car je renonce difficilement. |
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Le Lac Tanganika >>> |
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Le long du Lac Tanganika, il y a une multitude de villages indigènes. C’est tout différent des espaces désertiques que nous avions vus auparavant. les cocotiers, les palmiers, les bananiers font partie du paysage. Le lac fait penser à la Méditerranée dont il a les vagues et la couleur. Il a 31 900 kilomètres carrés de superficie et doit être le deuxième lac d’Afrique après le Lac Victoria qui lui fait 61 000 kilomètres carrés. » |