Au pied du Ruwenzori

Zone de Texte: 																	« Le 22 août 1958.
                                                     Mon chéri,
     Je t’écris de la véranda de l’hôtel. Devant moi, le soleil se couche dans la plaine de la Semliki. Au-delà de la plaine, les sommets sont noyés dans une brume bleutée. A mes pieds, s’étend le jardin, véritable chef-d’œuvre : pelouses vertes, trois pièces d’eau où miroitent les dernières lueurs du soleil couchant, des parasols et des chaises multicolores, des rosiers, des cannes, des ifs, des saules pleureurs, des hibiscus jaunes, des bougainvillées orange, des bananiers décoratifs, des bacs à fleurs autour des bungalows débordant de géraniums, des acacias, des tulipiers, des bambous et des pluies d’or, voilà un aperçu des plantes, mélange heureux de la flore européenne et tropicale.
Derrière l’hôtel, le jardin est plus touffu et sauvage, traversé par un torrent couleur latérite qui dévale de la montagne.

	Nous avons un appartement superbe : chambre à deux lits avec salle de bains et WC, communiquant avec celle d’Henri qui comporte divan lit, lavabo et WC. Nos fenêtres s’ouvrent sur la vallée et au pied du bungalow passe un petit torrent canalisé bordé d’arums. Il alimente les pièces d’eau.

	Derrière l’hôtel les premiers contreforts du Ruwenzori sont noyés dans des nuages gris. Nous ne sommes qu’à 1200 mètres d’altitude. Avec un peu de chance, nous verrons un des glaciers de ce massif montagneux de 130 kilomètres sur 10 kilomètres où vivent les derniers gorilles. 
Zone de Texte:      La table est excellente, on nous a servi à midi des petits pains comme je n’en ai jamais mangés en Afrique. L’hôtel a son cuisinier, son boulanger et un groupe pour l’électricité. 
Les chambres sont magnifiques de confort : matelas Epeda, salle de bains carrelée. On se demande comment tout cela a été construit si loin d’une grosse agglomération. 
Il y a un ping-pong, un terrain de tennis et une piscine. Cela va coûter 1200 F par jour pour nous trois, sans les boissons. Je suis vraiment heureuse d’avoir décidé d’y passer quatre jours. 

	Cet après-midi, Tcham et moi sommes montées à 1500 mètres, Henri à 1750. Ça grimpe dur et on avait plutôt chaud. Le genou de Tcham la gêne beaucoup. Il était impossible dans ces conditions de faire l’ascension (accessible !!) du Ruwenzori avec guide. Henri n’est pas content !

	Le soleil est maintenant couché. Ce soir le petit ru nous bercera de sa chanson, et le premier bon lit que je vais avoir depuis Albertville contribuera à me donner un sommeil sans rêve. Il faut que nous revenions à nous deux au Ruwenzori Hotel !

																		Samedi 23 août.

     Quel petit déjeuner ! Croissants, cramiques, pain, fromage, charcuterie, papaye, confiture d’ananas maison et ton fils y a encore ajouté un œuf ! 
Ce courrier sera remis à un monsieur qui repart vers Stanleyville où il le postera pour liaison aérienne. 

     Mais je vais t’en raconter une bien bonne. Ce matin, nous avons décidé d’aller à Mutsora, à 5 kilomètres d’ici, pour payer notre droit d’entrée au Parc Albert secteur Semliki. 
En effet, en allant à Katwe en Ouganda, nous comptons passer par Ishango sur le Lac Edouard. 
… Nous sommes donc partis en voiture et pendant que j’étais chez le conservateur, Henri, en jouant avec la voiture, s’est aperçu  que le frein à pied ne fonctionnait plus. Quand on appuyait sur la pédale, non seulement il n’y avait pas de résistance, mais l’huile des freins sortait sous la voiture. 
L’aide européen du conservateur a vu que le tuyau d’arrivée d’huile était cisaillé. Il n’en avait pas de rechange. 
Il nous a ramenés à l’hôtel où un monsieur de l’agence de voyage de Stanleyville nous a "prêté" ses deux mécaniciens noirs, qui nous ont raccompagnés à Mutsora. Ils ont bouché les deux tuyaux d’arrivage d’huile aux freins avant, et je peux rouler en freinant seulement sur les roues arrière. 
	Demain j’irai à Beni où il y a, paraît-il un magasin de pièces de rechange. De plus, ces mécaniciens ont constaté que les boulons de l’axe de direction étaient desserrés. Je m’étais aperçue que j’avais du jeu dans la direction, mais cela ne m’avait pas affolée, je croyais pouvoir regagner Kisenyi sans problème majeur ! Au Garage SEDEC, ils n’ont pas été très sérieux losqu’ils ont fait l’entretien à mon arrivée du Katanga, et je compte leur faire des compliments sur leur travail !.

Ouest du massif du Ruwenzori     (Photo Cathy O’DOWD)

Ici Maman recopie textuellement la lettre qu’elle a écrite depuis le Ruwenzori Hotel de Mutwanga

 

1958 : Voyage le long des Grands Lacs (suite)

    Suite

Haut

<<< Pour m’écrire

 De Jadotville au Tanganika     Vers le Lac Kivu    Le Ruanda et le Parc Albert         

 

                          Au pied du Ruwenzori    Parc Albert et retour