Maman a retrouvé en 1993 les lettres qu’elle nous avait envoyées à Liège, d’Elisabethville où ils habitaient à ce moment-là, fin 1962, début 1963. Grâce à quoi nous suivions les évènements de loin.

Notre grand-mère avait soigneusement conservé ces lettres, écrites sur papier avion bleu clair.

Maman les a rassemblées et recopiées pour la mémoire de notre famille, les voici.

Dernière sortie en brousse avant les combats.

Zone de Texte:                                                                                             		 « Elisabethville * lundi 24 et mardi 25 décembre 1962.
	Cher vous tous,

	Nous sommes allés en week-end à Kakanda malgré la pluie. Tout s’est bien passé.

C’est une chance que nous soyons rentrés lundi aux premières heures du matin, car les barrages onusiens aux alentours de la ville ont ensuite été fermés pendant plusieurs heures.
	
	Papa et Monsieur D. ont vu deux cashias et en ont tué une.
Nous étions partis d’ici samedi 22 à 8h15 avec Gabriel. Halte à Jadot pour acheter du pain, arrivée à Kakanda à 11h30. Départ à 14H sur des pistes glissantes (1h15 pour faire 35 km !)
Nous avons trouvé un ravissant endroit pour installer le camp. La brousse est très belle là-bas, et 10 minutes après, l’antilope était déjà tuée !

La pluie a duré toute la nuit. On se sentait bien sous la tente.
Le lendemain dimanche vers 13h, nous avons vu arriver l’orage. On a tout remballé et repris la piste. Nous étions à Jadotville à 17h et nous avons soupé chez Raymond et Suzette.

Le lendemain (lundi 24) nous avons quitté le guest-house à 6h15.
Gabriel était aussi très content de son week-end, surtout d’avoir de l’antilope à manger. »

Mes parents n’étaient pas peureux. La suite te le prouvera.

J’irais jusqu’à dire que Maman n’a peur de rien, et comme en plus (elle le dit elle-même) elle n’a aucune patience et ne tient pas en place, tu comprendras pourquoi ils n’ont pas renoncé à leurs belles évasions dans la brousse, dans la savane et sur les lacs et les rivières, à travers tout ce pays qu’ils aimaient tant.

 

Un récit fait précédemment en témoigne... et ça continue !

Deuxième Guerre du Katanga

Zone de Texte:  Maman raconte :
Zone de Texte:                                                                                                                          					 « Mercredi 26 décembre 1962.
	
Ce matin on tirait dans tous les coins à Elisabethville. Il semble qu’un hélicoptère de l’ONU ait été abattu par les Katangais, mais notre radio nationale est très discrète à ce sujet, ce qui me fait croire que nos gendarmes sont en faute. Cela n’amènera rien de bon.
J’étais dans un magasin avenue Leman. Les mwanamuke* ont flanqué leurs paniers par terre pour s’enfuir comme des poules. J’ai continué mes courses. Il y avait une certaine agitation en ville, mais en général les Européens étaient impassibles. Les mêmes mots revenaient : "on ne peut même pas nous foutre la paix pour Noël".

	Je suis rentrée vers 11h30. L’après-midi Papa et moi avons décidé de faire une petite sieste, bien qu’à ce moment-là la pétarade avait recommencé. Le téléphone a sonné deux fois et nous avons abandonné la sieste.
J’ai alors lavé Scampi qui était revenu de brousse couvert de tiques. A ce moment-là, on tirait vers le golf et vers Kipushi. Il y avait des coups de fusil, parfois de mitraillettes, rarement des obus de mortier. Cela semble calmé à l’heure où j’écris. Radio Katanga explique que l’hélicoptère onusien avait mitraillé une position katangaise.
                                                                                                                         					Jeudi 27 décembre.

	La nuit dernière j’ai été réveillée par les aboiements très proches d’un chien. Agacée mais encore assoupie, je me suis rendu compte que j’entendais au loin des coups de canon. Papa m’a dit que c’étaient des obus de mortier. Après un quart d’heure, nous n’avons plus rien entendu.

	Alain et Guy de B. sont arrivés ce matin avec un monsieur qui a franchi les barrages sans difficultés. J’espère qu’il n’y aura pas de bagarre jusqu’à dimanche, jour où nous les ramènenons à leurs parents (ils sont à Mwadingusha où ils font du ski nautique)

 

* Elisabethville : mes parents avaient déménagé dans cette ville

* mwanamuke : femmes indigènes

Combats.

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Epilogue